Comment avons-nous, les humains, acquis notre conscience morale aimante et inconditionnellement altruiste ?

Écrit par Jeremy Griffith

Cette explication est tirée de la série d’Essais Freedom disponible à HumanCondition.com

 

L'Essai Freedom 20 explique comment la culpabilité de notre espèce à l’égard de notre comportement actuel d'énervement et d’égocentrisme, affligé par la condition humaine, nous a amenés à trouver l’excuse que nous avons des instincts « sauvages » de compétition, égoïstes et agressifs ; malgré des preuves claires que nous, les humains, ayons réellement des instincts moraux coopératifs, altruistes et aimants, dont la « voix » ou l’expression est notre conscience. Comme Charles Darwin l’a reconnu, « C'est le sens moral qui fournit peut-être la meilleure et la plus haute distinction entre l'homme et les autres animaux » (La Descendance de l'Homme et la Sélection Sexuelle, 1871, ch.3, tr J.-J. Moulinié).

Portrait of Charles Darwin

Détail du portrait de Charles Darwin par John Collier, 1883

Et pour avoir acquis notre nature instinctive morale altruiste, il s’ensuit que nos lointains ancêtres doivent avoir été coopératifs, altruistes et aimants, non compétitifs, égoïstes et agressifs comme les autres animauxce que les extraits suivants de Freedom Essay 53 illustrent (et vous pouvez trouver beaucoup d’autres descriptions merveilleuses comme celles-ci du passé innocent de notre espèce dans cet essai).

  • En 360 av. J.-C., Platon, le plus grand de tous les philosophes, a écrit d’une époque où « nous célébrions véritablement quand, jouissant encore de toutes nos perfections et ignorant les maux de l’avenir, …​[nous étions] simples, pleins de béatitude et de calme, …​non moins purs nous-même, et libre encore de ce tombeau qu’on appelle le corps » (Phèdre ; traduit par V. Cousin 1822), une époque où nous vivions une « vie béni et spontanée...​[où] il n’y avait ni violence, ni dévoration de l’autre [pas de sexe comme les humains le pratiquent maintenant], et qu’il n’y avait ni guerre ni querelle…​Ils vivaient la plupart du temps en plein air sans habit et sans lit ; car les saisons étaient si bien tempérées qu’ils n’en souffraient aucune incommodité et ils trouvaient des lits moelleux dans l’épais gazon qui sortait de la terre. » (Le Politique, Platon, c. 350 Av J.C. ; tr. Émile Chambry, 131-132).
Etching of ‘Golden Age’ for Hesiod's ‘Works and Days’ by William Blake based on a design by John Flaxman (1817)

Illustration de l’œuvre Les Travaux et les Jours d’Hésiode
par William Blake d’après une conception de John Flaxman (1817)

  • Dans son poème Les Travaux et les Jours, le compatriote grec de Plato Hésiode, quelque 400 ans avant Platon, écrivait à propos de nos lointains ancêtres : « Quand les hommes et les dieux furent nés ensemble, ... les mortels vivaient comme les dieux, ils étaient libres d'inquiétudes, de travaux et de souffrances ; ... et loin de tous les maux, ils se réjouissaient au milieu des festins, riches en fruits délicieux ... La terre fertile produisait d'elle-même d'abondants trésors ; libres et paisibles, ils partageaient leurs richesses avec une foule de vertueux amis. » (Les Travaux et Les Jours, Hésiode, tr Thomas Gaisford, p. 7) .
  • L’auteur Richard Heinberg déclare dans son livre, Memories & Visions of Paradise que toutes les mythologies reconnaissent un temps de solidarité avant l’émergence de la condition humaine : « Toute religion commence par la reconnaissance du fait que la conscience humaine a été séparée de la Source divine, qu’une ancien sentiment d’unité…​a été perdu…​partout dans la religion et les mythe, il y a une reconnaissance que nous nous sommes loignés d’une… innocence originelle et que nous ne pouvons y revenir que par la résolution d’une profonde discorde intérieure » [Notre traduction] (pp. 81-82 de 282).

Bochimen du Kalahari

  • Et enfin, le philosophe Jean-Jacques Rousseau a écrit que même à l’égard de certains humains vivant aujourd’hui, « rien n’est plus doux que lui (l’homme) dans son état primitif » (voir paragraphe 181 de FREEDOM pour la source).

La grande question biologique que cela pose et qui reste sans réponse est la suivante : si toutes ces preuves sont vraiesque, comme Darwin l’a reconnu, nous avons hérité d'instincts moraux altruistes, inconditionnellement désintéressés, coopératifs et aimants de nos lointains ancêtres, alors comment nos ancêtres auraient-ils pu les avoir développés ? Puisque les traits génétiques inconditionnellement désintéressés s’auto-éliminent et ne peuvent donc apparemment pas se développer chez les animaux, comment les humains auraient-ils pu les acquérir ?

Comme expliqué dans le chapitre 5 de FREEDOM, la réponse est que nos instincts coopératifs ont été développés par le biais des soins maternels (ce que, fait intéressant, l’illustration de Flaxman pour Les Travaux et les Jours d’Hesiod, incluse ci-dessus, intime).

Alors que l’instinct maternel d’une mère à prendre soin de sa progéniture est égoïste (comme les traits génétiques doivent normalement l’être pour qu’ils se reproduisent et se perpétuent dans la génération suivante), du point de vue du nourrisson, le maternalisme a l’apparence d’être désintéressé. Du point de vue du nourrisson, il est traité sans condition de manière altruistela mère donne à sa progéniture nourriture, chaleur, abri, soutien et protection pour apparemment rien en retour. Il s’ensuit donc que si l’enfant peut rester en bas âge pendant une période prolongée et être traité avec beaucoup d’amour apparemment altruistes, il sera endoctriné avec cet amour apparemment altruiste et grandira pour adopter ce comportement en conséquenceet sur de nombreuses générations, ce comportement deviendra instinctif, parce que la sélection génétique suivra et renforcera inévitablement tout processus de développement se produisant dans une espèce ; la difficulté était de faire en sorte que le développement de l’altruisme inconditionnel se produise en premier lieu, car une fois qu’il se produisait régulièrement, il deviendrait naturellement instinctif avec le temps. Et étant semi-debout de vivre dans les arbres, et ayant ainsi les bras libres pour tenir un bébé dépendant, ce sont les primates qui ont été particulièrement facilités pour prolonger une relation mère-enfant profondément connectée et ainsi développer cette relation affectueuse, aimante et coopérative. C’est donc grâce à ce processus d’« endoctrinement de l’amour » que nos ancêtres primates ont développé notre conscience morale.

 

Bonobo Matata and her adopted son, Kanzi, and Jeremy’s drawing of Madonna and child

La variété bonobo de chimpanzés qui vit au sud du fleuve Congo est la plus coopérative, altruiste et aimante de tous les primates non humains, et elle est la plus nourricière, comme le montre cette citation : « La vie des bonobos est centrée autour de la progéniture. Contrairement à ce qui se passe chez les chimpanzés, tous les membres du groupe social des bonobos aident aux soins des nourrissons et partagent la nourriture avec les nourrissons. Si vous êtes un bébé bonobo, vous ne pouvez pas faire de mal…​Les femelles bonobo et leurs nourrissons forment le noyau du groupe » [Notre Traduction] (Sue Savage-Rumbaugh & Roger Lewin, Kanzi: The Ape at the Brink of the Human Mind, 1994, p.108 sur 299).

Ces photographies illustrent à quel point les bonobos apportent des soins attentionnés à leurs petits.

Bonobos prenant soin de leurs enfants

Bonobos prenant soin de leurs enfants

Les citations suivantes illustrent à quel point les bonobos sont coopératifs, altruistes et aimants (elles sont toutes mentionnées dans le chapitre 5 de FREEDOM). Premièrement, d’après le témoignage des cinéastes d’un documentaire à leur sujet : « Je pense que c'est certainement un des animaux les plus fascinants de la planète. C'est l'animal le plus proche de l’homme [dans le sens qu’il partage 99% de notre patrimoine génétique]…​ À un moment, je me suis pris une branche sur la tête avec un bonobo dessus. J'ai été sonné, je me suis assis. Et bien il y a un bonobo qui est venu près de moi ; il a vu que j'étais en situation difficile et il m'a pris par la main, il m'a remué les cheveux comme ils font. Donc ils vivent sur la compassion et ça c'est vraiment intéressant » (film d’accompagnement sur la production du documentaire français Bonobos, 2011). Et, comme l’a dit Barbara Bell, gardienne du zoo de bonobos « Les bonobos adultes démontre une grande compassion les uns envers les autres…​Par exemple, Kitty, l'aînée des femelles, est complètement aveugle et malentendante. Parfois, elle est perdue et confuse. Ils vont juste la chercher et l’emmener là où elle doit aller » [Notre Traduction] (Chicago Tribune, 11 juin. 1998). La capacité illimitée d’amour des bonobos est également évidente dans ce merveilleux récit de première main de la chercheuse sur l’espèce bonobo Vanessa Woods: « L’amour des bonobos est comme un rayon laser. Ils s’arrêtent. Ils vous regardent comme s’ils avaient attendu toute leur vie que vous marchiez dans leur jungle. Et puis ils vous aiment avec un tel dévouement et abandon de soi que vous les aimez en retour. Vous devez les aimer en retour » [Notre Traduction] (The Guardian, 1er octobre. 2015). (Vous pouvez regarder des images exquises de la paix entretenue dans la société des bonobos filmées lors de la visite de Jeremy en 2014 avec le professeur Harry Prosen aux bonobos au Milwaukee County Zoo.)

Les conséquences de cette amour inconditionnel chez les bonobos sont apparentes dans cette citation: « les bonobos ont historiquement existé dans un environnement stable et riche en sources de nourriture ...​et contrairement aux chimpanzés, ils ont développé une structure sociale plus cohérente » [Notre Traduction] (Takayoshi Kano & Mbangi Mulavwa, « Feeding ecology of the pygmy chimpanzees (Pan paniscus) »; The Pygmy Chimpanzee, ed. Randall Susman, 1984, p.271 of 435). Par exemple : « jusqu’à 100 bonobos à la fois de plusieurs groupes passent la nuit ensemble. Cela ne serait pas possible avec les chimpanzés car il y aurait des combats brutaux entre des groupes rivaux » [Notre Traduction] (Paul Raffaele, « Bonobos: The apes who make love, not war », Last Tribes on Earth.com, 2003; voir www.wtmsources.com/143).

A group of bonobos at the Lola Ya Bonobo Sanctuary, Democratic Republic of Congo

Groupe de bonobos

Notez comme la photo ci-dessus correspond parfaitement à la description de Platon plus tôt de nos ancêtres (bien que Platon n’ait aucune connaissance des bonobos) : « Ils vivaient la plupart du temps en plein air sans habit et sans lit ; car les saisons étaient si bien tempérées qu’ils n’en souffraient aucune incommodité et ils trouvaient des lits moelleux dans l’épais gazon qui sortait de la terre ». Cela montre à quel point nous sommes conscients, si nous pensons honnêtement plutôt qu’évasivement, de ce qu’était la vie avant que l’état contrarié de la condition humaine n’émerge !

On peut mentionner que (comme expliqué dans Freedom Essay 24 et le chapitre 7 de FREEDOM) une autre conséquence du fait que nos ancêtres singes aient développé un altruisme affectueux ou un amour inconditionnel est que cette orientation vers l’amour a libéré le développement d’un esprit pleinement conscient, ce qu’une autre citation de Barbara Bell évidence: « Ils sont extrêmement intelligents…​Ils comprennent quelques centaines de mots…​C’est comme être avec 9 enfants de deux ans et demi toute la journée » et « Ils aiment aussi beaucoup me taquiner…​Comme pendant l’entraînement, si je demande leur pied gauche, ils me donnent leur droit, et rient et rient et rient. »

Le dessin ci-dessous illustre à quel point notre ancêtre était similaire aux bonobosnos ancêtres sont beaucoup plus similaires aux bonobos en ce qui concerne leur taille globale, leur bipédie, leur environnement, le manque de grandes canines et le manque de différenciation de taille entre les mâles et les femelles, que tout autre primate existantce qui indique que nos ancêtres ont suivi un chemin de développement similaire à celui des bonobos. Ainsi, la preuve est que c’est grâce au processus nourricier et endoctrinement de l’amour que nous avons acquis notre nature morale altruiste.

Fossil remains of early australopithecine (right side) match up remarkably well with the bones of a pygmy chimpanzee (left side)

Côté gauche : squelette de Bonobo. Côté droit : Australopithèque
précoce.(Dessin d’Adrienne L. Zihlman du New Scientist, 1984)

 

En effet, les récentes découvertes étonnantes de fossiles, en particulier celles de l’Ardipithèque vieux de 4,5 millions d’années qui ont révélé ces similitudes entre nos ancêtres et les bonobos, ont conduit l’anthropologue éminent C. Owen Lovejoy à reconnaître que « nous pouvons observer que le mutualisme coopératif définissant notre espèce s’étendre bien au-delà du Pliocène le plus profond [bien au-delà de 5,3 millions d’années] » [Notre Traduction] (« Reexamining Human Origins in Light of Ardipithecus ramidus », Science, 2009, Vol.326, No.5949). (On peut en lire beaucoup plus dans Freedom Essay 22 sur les informations recueillis par les dossiers fossiles.)

Reconstruction artistique d’Ardipithecus ramidus dans son habitat naturel il y a 4.4 millions d’années

Reconstruction artistique d’Ardipithecus ramidus
dans son habitat naturel il y a 4.4 millions d’années
(Peinture du paléoartiste Jay H. Matternes)

Bien que les bonobos et les dossiers fossiles ne révèlent que maintenant leurs preuves corroborantes, en fait, l’explication que notre moi ou âme instinctive inconditionnellement altruiste, aimante, sociale et morale s’est développée grâce au comportement nourricier, d’« endoctrinement de l’amour » est si évidente que trois ans seulement après que Darwin n’attribut lui-même l’origine de notre « instinct social » aux « affections » « parentales » [Notre Traduction] (The Descent of Man, 1871, ch.4), cette théorie fût développée par le philosophe John Fiske dans son livre de 1874, Outlines of Cosmic Philosophie: based on the Doctrine of Evolution.

  • John Fiske’s book

    Outlines of Cosmic Philosophy

  • John Fiske (1842-1901), à propos duquel Charles Darwin a écrit, « Je n’ai jamais lu de ma vie un exposant (et donc un penseur) aussi lucide que vous. » (1874)

    John Fiske (1842-1901), à propos duquel Charles Darwin a écrit, « Je n’ai jamais lu de ma vie un exposant (et donc un penseur) aussi lucide que vous. » (1874)

La question en suspens est donc de savoir pourquoi l’explication nourricière de Fiske pour les origines de nos instincts morauxqui a été décrite à l’époque comme étant « beaucoup plus importante » que « le principe de sélection naturelle de Darwin » [Notre Traduction] (Dorothy Ross, G. Stanley Hall: The Psychologist as Prophet, 1972, p.262 sur 482) et « l’une des plus belles contributions jamais apportées à l’évolution de l’homme » [Notre Traduction] (John Drummond, The Ascent of Man, 1894, ch. ‘The Evolution of a Mother’)a pratiquement disparut du discours scientifique ? (Vous pouvez en savoir plus sur la théorie de Fiske dans le chapitre 6:3 de FREEDOM.)

La réponse est que cette explication nourricière a été une vérité insupportablement confrontante pour les parents qui essayent d’élever leurs enfants de manière adéquate sous la contrainte extrême de la condition humaineun état compétitif, égoïste et agressif qui s’est développé lorsque les humains sont devenus pleinement conscients après cette période où nous avons vécu en coopération et avec amour dans l’état métaphorique du « Jardin d’Eden » d’innocence originelle. Notre insécurité actuelle quant à notre incapacité à affectionner adéquatement de nos enfants est douloureusement apparente dans cette citation de l’auteur pour enfants à succès, John Marsden: « Le plus grand crime que vous puissiez commettre dans notre société est d’être un échec en tant que parent et les parents préfèrent admettre qu’ils sont un meurtrier à la hache plutôt qu’un mauvais père ou une mauvaise mère » [Notre Traduction] (Sunday Life, The Sun-Herald, 7 juil. 2002).

C’est SEULEMENT MAINTENANT que nous pouvons expliquer notre état contrarié compétitif, égoïste et agressif de la condition humaine et comprendre ainsi pourquoi la race humaine actuelle, affligée par la condition humaine, n’a pas été en mesure de prendre adéquatement soin de ses enfants ; et qu’il devient enfin sûr d’admettre que l’affection portée aux enfants est ce qui nous a rendus humainsque c’est l’affection maternelle qui nous a donné notre âme morale et qui a créé l’humanité.

Encore une fois, cette explication des instincts moraux affectueux des humains est présentée dans son intégralité dans le chapitre 5 de FREEDOM, tandis que l’explication biologique de la raison pour laquelle nous sommes devenus des victimes compétitives, égoïstes et agressives de la condition humaine lorsque notre esprit conscient s’est développé est le sujet de Vidéo/​F. Essay 3, et est expliqué en détail au chapitre 3 de FREEDOM.

Bien sûr, si c’est l’émergence de la conscience qui a causé la condition humaine et notre incapacité actuelle à donner de l’affection, alors il y a une autre question à laquelle il faut répondre : pourquoi les humains sont-ils devenus conscients alors que d’autres animaux ne le sont pas devenu ? Un résumé de la réponse à cette autre grande question de la biologie (qui est un résumé de l’explication dans chapitre 7 de FREEDOM) est présenté dans F. Essay 24.

Avant de lire l'essai sur la conscience, nous vous recommandons de lire F. Essay 22: Fossil discoveries evidence our nurtured origins [Les découvertes fossiles mettent en évidence nos origines nourricières] ; puis un essai expliquant qu’il existe une direction, un but et un sens intégratif à l’existence (F. Essay 23). La raison de l’inclusion de l’essai sur le sens intégratif avant d’expliquer comment nous sommes devenus conscients est qu’une appréciation du sens intégratif de l’existence est nécessaire si nous voulons comprendre comment nous sommes devenus conscients.